Cas clinique : cancer du sein

Tout au long de mon expérience clinique j’ai remarqué beaucoup de similitudes dans les histoires familiales des femmes qui font des cancers du sein. Sans rentrer dans le détail des conflits, (car comme je le précise dans la définition de la Biogénéalogie : une maladie est l’imbrication de plusieurs conflits et c’est à chaque fois du sur mesure), il est toutefois intéressant de regarder le déroulement du profil du cancer du sein sur plusieurs générations.

Exemple : une histoire sur 4 générations.

L’arrière grand-mère : Amélie, après le décès brutal de son mari, va se retrouver seule à devoir élever ses quatre enfants. C’est elle qui va vivre physiquement l’évènement dramatique et va devoir faire face aux besoins de sa famille qu’elle prendra en charge seule en étant à la fois l’autorité féminine et masculine (la protection) dans une notion de survie. Elle sacrifiera sa vie pour ses enfants et ne se remariera pas.

Sa fille ainée Monique va devoir aider sa mère aux tâches ménagères, s’occuper de ses frères et sœurs et donc devenir une mère avant l’âge. Elle n’aura pas eu la protection d’un père ni la présence d’une mère à cause de nombreuses obligations dues à sa situation.

La grand-mère : Monique (la mère de Sophie) a appris que l’on élève seule ses enfants et a déjà l’habitude de tout prendre en charge. Une fois mariée avec des enfants elle va exercer l’autorité féminine et masculine sans se rendre compte qu’elle ne laisse pas la place au père (c’est en fait le programme de survie qu’elle a récupéré de sa mère). Pourtant le père est bien présent, mais il y a comme une peur qu’il puisse disparaître l’ayant elle même vécu directement. Elle va donc inconsciemment faire comme si il n’était pas là, voire le protéger comme un enfant en exerçant une autorité sur lui afin qu’il ne puisse pas exprimer son

rôle de parent et en même temps va surprotéger ses enfants leur facilitant la vie pour qu’ils ne vivent pas les mêmes difficultés qu’elle, donc les materner plus que nécessaire au risque de ralentir leur apprentis- sage indispensable au devenir de l’adulte. Sa fille, Sophie va se construire avec l’image d’une mère qui est toujours fatiguée, qui prend tout en charge, qui n’a jamais de temps pour elle et qui ne vit pas sa vie de femme.

La mère : Sophie (la fille de Monique) n’a pas envie de se tuer à la tâche, elle n’a pas appris non plus à gérer ses responsabilités puisque sa mère a toujours fait pour elle afin de préserver sa jeunesse en compen- sation de l’enfance volée de Monique. Tout au long des générations un non sens va commencer à se révéler : l’absence de l’autorité masculine exercée par l’homme ainsi que le vécu de la femme indépendam- ment de celui d’être mère. Sans le savoir Sophie va résister à ce non sens et va impli- citement chercher à équilibrer l’élément manquant pour l’évolution en lien avec le programme de l’espèce humaine (la repro- duction), sa vie de femme.

Elle va avoir une fille Laurie, mais très vite par son histoire va privilégier sa vie de femme et délaisser sa fille, comme si elle ne pouvait pas faire les deux.

La fille : Laurie (la petite fille de Monique) va reprocher à sa mère ses absences et son manque d’amour, elle est anorexique avec des aménorrhées comme pour signifier qu’il ya trop de non sens pour continuer la lignée.

C’est à partir de ce moment là que la grand- mère Monique va se faire du souci pour la vie de sa fille qui n’arrive pas à se stabiliser et pour sa petite fille qui est malade et en souffrance. Son maternage va dépasser les limites, elle va continuer à exercer l’autorité féminine et masculine sur sa fille et sa petite fille ne permettant pas ainsi à sa fille d’apprendre à être mère. Aux vues des résultats, Monique va se reprocher d’avoir trop protégé sa fille mais va continuer à le faire par survie dans le constat de toutes les carences La cellule de son sein (fonction de materner) va ainsi muter pour indiquer le non sens pour la descendance.

NB : j’ai souvent retrouvé le prénom Monique pour des histoires concernant des cancers du sein.
Monique veut dire en grec « monos, seule, unique » qui vient de l’œuvre de St Augustin qui rendait hommage à sa mère, Auguste veut dire « porteur de l’autorité ».

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